Gastronomia : un projet au cœur de nos priorités ?

Il faut que ça bouge à Seraing...  Hier, la Ville a présenté son projet Gastronomia. C'est le projet situé rue Cockerill, qui doit se construire à la place des anciennes halles de CMI. La Ville a surtout communiqué avec une partie du projet lié à l'arrivée d'un cinéma 9 salles à Seraing. Mais l'ensemble du projet est loin de se limiter à ce cinéma... Le PTB a analysé le projet en détails. Voici quelques éléments pour aider chacun à se faire une opinion.

Le projet sera mené par un groupe d'entreprises réunies dans « Gastronomia Vision ». Derrière « Gastronomia Vision » se cache un groupe de 5 entreprises. Les deux plus importantes sont le groupe Willemen et le groupe Dyls. Le groupe Willemen est un des rois du béton en Flandre. Cette société est dirigée par la famille du même nom. Cette multinationale de la construction possède des entreprises dans plusieurs pays et spécialement dans les pays de l'Est.  Le fondateur du goupe a une fortune personnelle estimée à 96 millions €. Ce n'est pas n'importe qui. Selon un site qui recense les fortunes belges, c'est le 211ème Belge le plus riche du pays... Le groupe Dyls fait aussi partie du petit groupe des rois du béton au Nord du pays. Il est spécialisé dans la construction de logements de standings et le développement de centres commerciaux. La fortune des deux propriétaires du groupe Dyls s'élève à 76 millions € et les classe 244ème au classement des plus grosses fortunes du pays. Autant dire que leur objectif n'est pas de développer Seraing mais de venir agrandir ici leur pactole.

 

Et ils comptent bien le faire avec notre argent car ce sera avec l'argent public que sera financé une grande partie du projet. En effet, la Ville a  reçu presque 9 millions € d'argent public (5 millions de la Région wallonne et 4 millions de l'Europe) pour réaliser le projet Gastronomia. Cette somme énorme va être donné à ce groupe d'entreprises privées qui va réaliser et gérer le projet Gastronomia. Ce groupe va recevoir cette somme et devenir propriétaire des terrains, sans le payer. Les terrains ont d'ailleurs été dépollué avec notre argent aussi, par la Région wallonne, via un autre budget. Une fois que ces 9 millions seront transférés au groupe privé, ce dernier devra rajouter lui même 35 millions pour développer le budget. L'objectif ? Il est simple : se faire le maximum de profit en bénéficiant des subsides publics et des terrains gratuits et dépollués.

Le projet a quatre dimensions : des logements privés de standing, des bureaux et des surfaces commerciales et un parking payant de 546 places (extensible). Un promoteur spécialisé dans l'exploitation de salles de cinéma va aussi développer un complexe de 9 salles de projection.

Une partie des halles seront aménagées en surfaces commerciales principalement orientées sur la nourriture et le bio... Une partie de ces surfaces commerciales rentreront potentiellement en concurrence avec les commerces existants du quartier. Et les petits commerces existants à Seraing auront du mal à s'y implanter vu la hauteur que risque d'atteindre les loyers demandés.

Il y a la construction d’un parking de 546 places (qui peut être extensible avec la construction de centaines de places supplémentaires). Cela intéresse évidemment le promoteur immobilier car comme l'ont fait remarquer des promoteurs intéressés par le projet, « no parking, no business ». Es-ce qu'elles seront gratuites ? A priori, non. Voici ce que le promoteur retenu en dit : « Ce sera un parking privé de 546 places.  Avec 150 emplacements attribués à la Ville de Seraing à titre gratuit pendant la journée ». On peut donc imaginer, comme il l'a déjà été dit au conseil communal, que ces 150 places gratuites (seulement la journée) le seront pour le personnel de la cité administrative et que les autres seront payantes. 

Il y a ensuite la construction d’une zone mélangeant des bureaux et plus de 100 logements le long de la rue Cockerill (à la place du parking gratuit actuel).Cette zone comprendra surtout des logements et un peu de bureau. Ces logements seront privés et au loyer élevé. Ils seront donc difficilement accessibles à la majorité des habitants de la Ville, malgré qu'ils auront été en partie financés avec notre argent. La Ville (qui en a pourtant le droit) n'a d'ailleurs donné aucune obligation au promoteur d'inclure  des logements publics ou sociaux dans le projet, même partiellement.

Enfin, il y a le cinéma. Il ne s'est rajouté que récemment au projet Gastronomia donc nous n'avons pas beaucoup d'informations sur ce projet. Que peut-on en dire ? La nouvelle est plutôt bonne car il manque d'un cinéma à Seraing. C'est incompréhensible qu'il n'y ait pas de salles de cinéma dans une ville de 65 000 habitants. Le projet d'un complexe de salles est donc plutôt positif. Mais plusieurs questions doivent être posées. Premièrement, avec 9 salles et une capacité de 2200 places, il est clair que la concurrence avec les autres complexes cinéma de la région se pose. Un complexe d'une telle ampleur tiendra-t-il la route ? C'est vrai que ça fait rêver. Mais est-ce que ça va marcher ? Deuxièmement, une partie des salles serait aménagée dans un des deux sites de l'entreprise les ateliers de la Meuse, une entreprise de 100 personnes qui fait de la mécanique industrielle de haute précision et dont un des deux ateliers est situé dans une des halles. L'implantation du cinéma ne signifie pas, à priori, le licenciement des travailleurs ni l'arrêt de la production qui serait délocalisée, mais cela pose quand même question.

Alors, au final, qu'en conclure ? Gastronomia est un projet qui va nous coûter cher et qui ne va pas résoudre les problèmes de la Ville. Construire, avec notre argent, des logements privés de standing à des loyers inaccessibles pour la majorité d’entre nous, est-ce nécessaire ? Construire, avec notre argent, un parking qui sera probablement payant, est-ce nécessaire ? Ce n'est pas en utilisant l’argent public pour enrichir quelques investisseurs privés que nous allons résoudre nos priorités. La Ville, dans un document interne, reconnaît d'ailleurs elle même, concernant l'impact en terme d'emplois et l'impact social,  « qu'il n'y a pas d'information quant à l'ancrage local et les partenariats menés avec des acteurs locaux ». Ce n’est pas avec cette logique qu’on va résoudre les problèmes prioritaires de notre commune qui sont la pauvreté, l’emploi et le logement accessible.

Le PTB aurait préféré que la Ville, comme nous l'avons déjà proposé, exige des promoteurs immobiliers des conditions qui garantissent que le projet soit au service des habitants : la garantie d'emplois locaux, de logement accessible, d'un parking gratuit voire même l'obligation pour le promoteur d'y construire une crèche (vue que notre commune a très peu de places disponibles en crèche par rapport aux besoins). La Ville a préféré laisser faire le promoteur immobilier sans lui imposer des règles sociales élémentaires au bénéfice des habitants qui en ont pourtant grand besoin. C'est plus qu'un regret. C'est une mauvaise direction.


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  • Ariane Habran
    a suivi cette page 2020-02-14 18:52:32 +0100
  • Francois Mattina
    a publié cette page dans Actualités 2020-02-14 11:27:00 +0100

Prêt.e pour la grande vague du changement social ?